TradiNews

Actualité(s) du Traditionalisme Catholique

22 juillet 2017

1970 // [Cardinal Ottaviani] Lettre à Dom Lafond

SOURCE - Cardinal Ottaviani - 17 février 1970

Très Révérend Père,

J'ai bien reçu votre lettre du 28 janvier et la Note Doctrinale, datée du 29 janvier. Je vous félicite pour votre travail qui est remarquable pour son objectivité et la dignité de son expression. Ce n'a pas été toujours, hélas ! le cas dans cette polémique dans laquelle on a vu des simples chrétiens, sincèrement blessés des nouveautés, mêlés à ceux qui se servent du trouble des âmes pour augmenter la confusion des esprits.

De ma part je regrette seulement que l'on ait abusé de mon nom dans un sens que je ne désirais pas, par la publication d'une lettre que j'avais adressée au Saint-Père sans autoriser personne à la publier.

Je me suis profondément réjoui à la lecture des Discours du Saint-Père sur les questions du Nouvel Ordo Missae, et surtout de ses précisions doctrinales contenues dans les Discours aux Audiences Publiques du 19 et du 26 novembre: après quoi, je crois, personne ne peut plus sincèrement se scandaliser. Pour le reste il faudra faire une oeuvre prudente et intelligente de catéchèse afin d'enlever quelques perplexités légitimes que le texte peut susciter. Dans ce sens je souhaite à votre Note Doctrinale et à l'activité de la Militia Mariae une large diffusion et succès.

Veuillez agréer, Très Révérend Père, l'expression de mes hommages distingués, accompagnés d'une bénédiction pour tous vos Collaborateurs et les membres de la Militia.

21 juillet 2017

[Paix Liturgique] Pologne 2007: un sondage anniversaire exclusif pour les 10 ans du Motu Proprio!

SOURCE - Paix Liturgique - Lettre n°603 - 21 juillet 2017

Notre sondage polonais est le fruit d'une
collaboration entre Paix Liturgique et le site
UnaCum.pl vitrine d'Una Voce Pologne
À l'occasion du dixième anniversaire de la promulgation du motu proprio Summorum Pontificum, le 7 juillet 2007, nous avons décidé de compléter notre campagne de sondages internationaux portant sur la réception du texte de Benoît XVI. Lors de notre campagne de sondages européens de 2009-2011 (voir ici), nous avions en effet laissé de côté celui qui est aujourd'hui le premier pays catholique d'Europe par la vitalité de son Église : la Pologne. 

Conseillés par Una Voce Pologne, nous avons confié cette enquête non pas à un institut commercial mais à l'Institut pour les statistiques de l'Église catholique (ISKK), fondé en 1972 par la Société de l'apostolat catholique (les frères pallottins) et qui travaille pour la Conférence épiscopale polonaise. En nous orientant vers l'ISKK plutôt que vers un organisme commercial, nos partenaires polonais ont permis de donner à ce sondage un poids original puisqu'il ne concerne que des catholiques pratiquants. L'équipe de l'ISKK a en effet soumis notre questionnaire, après l'avoir adapté en fonction de son excellente connaissance du catholicisme polonais, à un public de catholiques dits « engagés » (1). Après avoir collecté plus de 800 réponses, elle en a sélectionné 635 correspondant à la distribution de ces catholiques engagés dans la population polonaise.

Voici les résultats de ce sondage, accompagnés de nos réflexions.

I – LES RÉSULTATS DU SONDAGE POLONAIS

Sondage effectué par l'ISKK (Institut pour les statistiques de l'Église catholique) entre le 13 mai et le 4 juin 2017, selon la technique des panels en ligne, sur un échantillon de 635 catholiques engagés. (1)

:: 1 : Assistez-vous à la messe ? (1)
Chaque dimanche et fêtes : 93,6 %
Presque tous les dimanche : 5,8 %
Une fois par mois : 0,6 %

:: 2 : Le Pape Benoît XVI a rappelé en juillet 2007 que la messe pouvait être célébrée à la fois sous sa forme moderne dite « ordinaire » ou « de Paul VI » – le prêtre faisant face aux fidèles – et sous sa forme ancienne dite « extraordinaire » ou « tridentine » – en latin, le prêtre tourné face au tabernacle. Le saviez-vous ?
Oui : 89,5 %
Non : 6,9 %
Ne se prononcent pas : 3,6 %

:: 3 : Que pensez-vous de la messe selon la forme extraordinaire (en latin et face au tabernacle) ? (NB : le total est supérieur à 100 % car le sondeur a autorisé les réponses multiples)
C'est une expression de fidélité à la tradition de l'Église : 49,9 %
C'est une chose normale : 37,3 %
Cela ne correspond pas à la culture d'aujourd'hui : 17,6 %
C'est une pratique étrange : 4,2 %
Autre : 16,7 %
Difficile à dire : 12,1 %

:: 4 : Si l'ancienne messe était célébrée (en latin et face au tabernacle) dans VOTRE paroisse, y assisteriez vous ?
Chaque semaine : 28,9 %
De temps en temps : 51,6 %
Jamais : 15,1 %
Difficile à dire : 4,4 %

II – COMME PARTOUT AILLEURS

Levain de la résistance victorieuse à la dictature communiste, le catholicisme polonais a vécu une fin de XXème siècle d'autant plus triomphante qu'il a bénéficié du prestige associé à la figure du Pape Jean-Paul II. Doctrinalement et liturgiquement, il a moins connu le « printemps conciliaire » et ses dérives liturgiques et doctrinales. Aujourd'hui encore, le chant grégorien et la communion sur les lèvres demeurent la norme dans la plupart des paroisses du pays. 

Dans ce contexte plutôt classique et préservé, il est intéressant de voir que la forme extraordinaire – souvent présentée comme une réaction aux abus – attirerait plus d'un pratiquant sur 4 chaque dimanche si elle était inscrite dans la vie ordinaire des paroisses, ce qui correspond à la moyenne relevée dans les autres pays (19 % en France en 2008, 25 % en Allemagne en 2010, 27,4 % en Espagne en 2011, etc.).

III – LES RÉFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE

:: 1) Les Polonais n'ignorent pas la légitimité de la forme extraordinaire
En Pologne, 9 catholiques engagés (1) sur 10 savent que la forme extraordinaire a droit de cité dans l'Église. C'est un résultat très fort. Au-delà du fait qu'il semble normal que ces catholiques engagés aient connaissance des différents pans de la vie de l'Église, on peut aussi penser que, en 10 ans, la connaissance du motu proprio de Benoît XVI a fait son chemin : par capillarité locale d'abord, par la place que la forme extraordinaire occupe sur les réseaux sociaux ensuite, mais aussi par le travail des associations qui, comme Una Voce Pologne, organisent conférences, cérémonies et pèlerinages pour promouvoir la liturgie latine et grégorienne.

:: 2) Un catholicisme préservé des guerres liturgiques
La réponse à la question 3, légèrement modifiée par les enquêteurs de l'ISKK par rapport à notre question habituelle (2) fait apparaître que seul un catholique engagé sur 25 voit l'ancienne liturgie comme « une pratique étrange ». Et moins d'un sur cinq (17,6 %) la considère comme ne correspondant pas à la culture d'aujourd'hui. On peut d'ailleurs imaginer que, chez certains, cette réponse n'a pas de valeur négative car il ne s'agit que de constater l'incapacité du monde contemporain à faire une place à la tradition.
En revanche, le fait qu'un catholique engagé polonais sur deux voit la forme extraordinaire comme une « expression de fidélité à la tradition de l'Église » ne souffre aucune équivoque. Cette enquête nous présente donc le visage d'une Église qui, certes, a été marquée dans sa chair comme toute l’Église par la rupture imposée par la réforme liturgique, mais qui est restée largement immune d’une opposition « progressiste » à la liturgie ancienne et de la fracture qui a marqué, et marque encore, les Églises de nos pays d'Europe occidentale. 

:: 3) 8 catholiques polonais sur 10...
… assisteraient volontiers à la forme extraordinaire pour peu que celle-ci soit célébrée dans leur paroisse : 28,9 % la choisiraient de façon préférentielle et 51,6 % de temps en temps. Le fait que près de 30 % des pratiquants assisteraient à la messe traditionnelle tous les dimanches si elle était célébrée commodément dans leur paroisse (19% en France en 2008, 40% en Italie, 25% en Allemagne, etc.) montre le poids réel qu’a la forme extraordinaire. C'est une nouvelle fois la confirmation de l'existence de ce vaste peuple des silencieux (au moins un catholique sur 4) qui aspire à plus de sacré et de solennité dans sa vie liturgique et spirituelle. Seuls 15 % des Polonais pratiquants n'expriment aucun attrait pour la forme extraordinaire, ce qui laisse une grande marge au motu proprio Summorum Pontificum pour faire, patiemment, son chemin dans les paroisses du pays.

:: 4) La confirmation scientifique de tous nos sondages précédents
Le fait que ce sondage polonais, grâce à la compétence spécifique de l'ISKK, ne porte que sur les catholiques pratiquants permet de le considérer comme un étalon fiable pour l'analyse des résultats de nos sondages nationaux précédents. Tous nos autres sondages portaient en effet sur les catholiques en général, pratiquants et non, avec, à notre demande, la mise en relief par les instituts de sondage des réponses spécifiques aux seuls pratiquants. Or, en raison de la chute dramatique de la pratique, même mensuelle, des catholiques en Europe de l'Ouest, les échantillons de pratiquants pouvaient être considérés trop réduits pour être pleinement représentatifs. 
En réalité, les scientifiques savent bien que la vérité statistique est d'autant plus précise que les mesures sont nombreuses. La concordance des résultats obtenus dans les sept pays de nos précédents sondages – France, Italie, Allemagne, Portugal, Grande-Bretagne, Suisse, Espagne – constituait donc déjà un élément statistique important. Leur concordance avec les résultats de l'enquête polonaise, obtenus sur un échantillon exclusif de pratiquants, vient les confirmer avec force.
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(1) Les 635 personnes sondées par l'ISKK proviennent d'un panel de catholiques engagés. Par « catholiques engagés », l'ISKK considère les pratiquants réguliers (qui, en Pologne, sont encore ceux qui assistent à la messe chaque dimanche ou presque – alors qu'ailleurs en Europe il ne s'agit que des catholiques allant à la messe au moins un dimanche par mois) ; ceux engagés dans la vie de la paroisse ; et les membres de mouvements ou d'associations catholiques reconnues. Allant tous au moins une fois par mois à la messe, ils sont donc tous pratiquants au sens sociologique moderne du terme.
(2) La question est d'ordinaire ainsi posée : « Considérez-vous comme normal ou pas normal si les deux formes du rite romain devaient être célébrées régulièrement dans votre paroisse ? »

20 juillet 2017

[Guy Rouvrais - Présent] Vers l’abolition de Summorum Pontificum ?

SOURCE - Guy Rouvrais - Présent - 13 juillet 2017

Il y a dix ans Benoît XVI publiait le motu proprio Summorum Pontificum mettant fin à l’ostracisme qui frappait la messe traditionnelle de Saint Pie V en permettant à tous les prêtres de célébrer le saint sacrifice selon ce rite appelé depuis « extraordinaire ». C’était aussi la fin d’une injustice, sans être une réparation, car c’est pour avoir dit la messe selon ce rite « jamais aboli » selon Benoît XVI que des prêtres ont été sanctionnés, des curés déposés.

Contrairement à son prédécesseur, le pape François n’est guère sensible à la question liturgique. Il n’était pas hostile à l’initiative de Benoît XVI (et celle de Jean-Paul II qui fit un premier pas dans le même sens) mais considérait simplement qu’il « a fait un geste juste et magnanime pour aller à la rencontre d’une certaine mentalité de quelques groupes et personnes nostalgiques qui s’étaient éloignées ». Des nostalgiques dont la nostalgie finirait par s’éteindre, comme les derniers des Mohicans…

Or, en France, les « nostalgiques » prospèrent puisque, depuis Summorum Pontificum, le nombre de lieux de culte proposant la forme extraordinaire a presque doublé, passant de 124 à 230, selon la Commission épiscopale pour la liturgie. Le motu proprio est aujourd’hui appliqué dans tous les diocèses, tandis que séminaristes et de jeunes prêtres sont nombreux à vouloir apprendre à célébrer selon la forme tridentine. Et cela, semble-t-il, irrite le souverain pontife pour qui les demandes de certains, « trop jeunes pour avoir connu la liturgie préconciliaire », cachent une « rigidité défensive ».

On pouvait penser que le motu proprio était définitif, ne serait-ce que parce qu’il a instauré une certaine paix liturgique. C’est oublier que ce qu’un pape a fait un autre peut le défaire. Sera-ce le cas de François ? Le bruit en court. Selon le théologien Andrea Grillo, cité par La Croix, spécialiste de la liturgie et proche du souverain pontife, François envisagerait, à terme, d’abolir Summorum Pontificum, à partir du moment où l’ancien rite serait préservé au sein de la prélature personnelle proposée à la Fraternité Saint-Pie X, celle-là l’acceptant, ce qui, dit-on à Rome, serait imminent. « Mais, ajoute notre théologien, il ne mettra pas cela en œuvre tant que Benoît XVI est en vie».

[Courrier des lecteurs - La Croix] La messe en latin

SOURCE - Courrier des lecteurs - La Croix - 20 juillet 2017

Je mets en doute que les fans de la messe à l’envers soient tous des latinistes distingués. Ils ne sont certes qu’une minorité agissante. Mais le retour de la messe en latin (La Croix du 7 juillet) est-il si discret qu’on le croit ? Reconnaissons que la plupart de nos évêques – pas tous – demeurent fidèles à la constitution conciliaire sur la liturgie. Par contre, il n’est pas rare que jusque dans le fin fond de nos campagnes, on pratique dans ce domaine un œcuménisme sans retenue. Loin de moi de manifester une intolérance démesurée vis-à-vis de frères et de sœurs plus traditionnels, que je fréquente volontiers.
Je préfère certes l’apaisement aux relations houleuses. Cependant, ordonné prêtre en 1953, je ne voudrais pas paraître extraordinaire en célébrant le rite conciliaire, c’est-à-dire ordinaire.
Père Daniel Guette (Oise)

(…) Aujourd’hui, quelles que puissent être nos préférences, il faut néanmoins convenir que la question du latin semble désormais, en France, secondaire, tant cette culture liturgique est inconnue de beaucoup de catholiques ou bien oubliée. Le latin a perdu grandement du terrain. La messe, même sans latin, aussi d’ailleurs. Alors est-ce pour mettre du baume au cœur de la version catholique des soixante-huitards attardés, emmurés dans leurs certitudes totalitaires, et qui semble restés bien seuls dans leurs églises et veulent oublier leur insignifiance actuelle, que votre journal revient de cette façon si ambivalente sur le sujet ?
Christian Detreille (Aisne)

(…) Comment être « en communion » avec ceux qui sont adeptes de la messe en latin si c’est pour en arriver à la description qui m’a été faite par un prêtre. L’une des paroissiennes, après une messe en latin, lui a fait une liste interminable des « innombrables erreurs » qu’il avait commises tout au long de la messe. Elle n’y allait que pour surveiller le respect littéral des « rubriques » imposées par le Missel de saint Pie X. De quelle religion est-on quand on « assiste » (car chez eux on « assiste » toujours à la messe, on ne « participe » pas) à une messe dans le but exclusif de critiquer le prêtre ou de lui attribuer une bonne note sur le respect littéral des « rubriques » ? Non, décidément, je ne peux pas me reconnaître dans ce christianisme ni ce catholicisme. Je contribue à la construction de l’Église décrite par le pape François dans « la joie de l’évangile », et j’invite le plus grand nombre de lecteurs à le soutenir et à œuvrer dans ce sens. En utilisant nos langues maternelles pour le célébrer et le louer.
A. V.

En voyant la première page de La Croix du 7 juillet j’ai eu un coup au cœur ! Encore cette histoire du latin et des intégristes qui revient, où est donc le concile Vatican II et son ouverture au monde?
Puis, en parcourant les pages suivantes, l’accueil des mineurs étrangers qui explose mais qui est organisé au mieux, les 309 Afghans accueillis à Serquigny et les passionnantes pages sur la ferme de Moyembrie dans l’Aisne accueillant les détenus en fin de peine, pour leur permettre de reprendre pied dans la vie normale, je me suis dis que grâce à La Croix les belles choses sont mises en avant et que l’amour, l’amitié, le partage, signes de la présence du Christ parmi nous, trouvent leur place, toute leur place dans les nouvelles du jour.
Bravo, nous avons tous besoin d’apprendre ou de réapprendre que l’espérance est une vertu impérissable et que tous les hommes et toutes les femmes, chrétiens ou non, ont à apprendre à vivre ensemble, quel que soit leur chemin personnel, pour construire un monde pacifié ou règnent le partage et l’amitié.
Philippe Gonord (Seine-et-Marne)

19 juillet 2017

1979 /// [Mgr Schmitt, évêque de Metz] A propos du missel de saint Pie V

SOURCE - Mgr Schmitt, évêque de Metz - via La Porte Latine - décembre 1979

Sous ce titre, Mgr SCHMITT, évêque de Metz, a publié dans le bulletin de son diocèse (Eglise de Metz, décembre 1979) la note ci-après à la suite des remous suscités par l'interdiction de messes « traditionalistes » dans une salle prêtée par la municipalité communiste de Thionville (1):
De récentes informations sur des messes dites « traditionalistes » célébrées en notre diocèse ont suscité bien des émotions et des confusions parmi les membres de nos communautés ecclésiales.

Le moment semble vertu de dissiper les malentendus et de dire, au nom de l'Eglise, les véritables enjeux des oppositions à la réforme du missel romain, promulguée par Paul VI. Il n'est pas sain de laisser subsister certaines ambiguïtés.

Les enjeux sont graves. Ils ne concernent pas seulement la prière de l'Eglise. Ils concernent toute notre façon de nous situer dans l'aujourd'hui de l'Eglise et du monde. Notre foi en Jésus-Christ, sauveur des hommes d'aujourd'hui, comme notre foi en la signification de l'Eglise sont en cause.

L'aujourd'hui est difficile. Tout semble aller à la dérive. Les mutations sont si rapides, les changements si profonds, que beaucoup en éprouvent du vertige.

Mais a-t-on le droit de prendre prétexte de cette insécurité pour semer autour de soi le doute sur la fidélité de l'Eglise à son Seigneur et de provoquer une crise de confiance à l'égard de ses légitimes pasteurs? La façon dont l'Eglise vit et célèbre sa foi doit être au-dessus de toute contestation.
Les Conciles et le renouveau de l'Eglise
En période de crise, lorsqu'elle est mise en présence de choix qui engagent gravement sa cohérence avec l'Evangile et son avenir parmi les hommes, c'est toujours par la prière que l'Eglise commence.

Il en fut ainsi à la Pentecôte. Il en fut ainsi au Concile de Trente. Il en fut ainsi à Vatican II.

C'est pour faire aboutir les réformes exigées par la grave crise que l'Eglise traversait au moment de la Renaissance que le Concile de Trente avait demandé une révision des livres liturgiques. C'est saint Pie V qui, reprenant et réorganisant la tradition, a réformé le missel romain. Comme il le dit dans la Constitution Quo primum qui ouvre le missel rénové, sa visée était « la norme et les rites des Saints-Pères ».

Un liturgiste peu suspect de progressisme, Dom Paul Nau, moine de Solesmes, n'hésite pas à reconnaître les limites de cette réforme.

« Limitée par l'insuffisance d'information, par le climat de controverses où elle était accomplie, comme par la perte du sens de l'Eglise et l'individualisme de la « devotio moderna », la réforme de saint Pie V, malgré l'assainissement qu'elle apportait, restait encore loin du retour annoncé « aux normes des anciens Pères »; elle allait même, par la priorité donnée dans ses rubriques à la messe basse, donner un nouvel appui à l'erreur tendant à faire considérer la messe, acte cultuel public par excellence, comme une dévotion privée du prêtre, à laquelle les fidèles seraient invités non à prendre part mais seulement à assister... Ces exemples suffiront pour faire entendre quel long chemin restait encore à parcourir pour atteindre le but assigné par saint Pie V à sa réforme. » (2)

En même temps qu'à l'autorité de saint Pie V, les chrétiens dits « traditionalistes » en appellent volontiers à celle de saint Pie X. Qu'en est-il dans les faits? Dès son élévation au pontificat suprême, saint Pie X envisagea une réforme générale des prescriptions liturgiques. Ses invitations à la communion fréquente et à l'admission précoce des enfants à la première communion sont connues de tous. Mais ses projets étaient bien plus vastes. Dans un Motu proprio de 1913, il écrivait: « Il faudra un grand nombre d'années avant que cet édifice liturgique [...] apparaisse nettoyé de la crasse du temps et de nouveau resplendissant de dignité et de belle ordonnance. »

Interrompue par les deux guerres mondiales, l'oeuvre de saint Pie X fut vigoureusement reprise par Pie XII. C'est à lui que nous devons l'autorisation des messes du soir, l'adoucissement des règles du jeûne eucharistique, la réforme de la vigile pascale et des offices de la Semaine sainte, une simplification des rubriques.

Ce que saint Pie V avait fait pour le Concile de Trente, Paul VI l'a fait pour traduire dans les actes les grandes orientations du Concile de Vatican II. Sa réforme est l'aboutissement de plus de soixante années d'un mouvement liturgique particulièrement riche. Elle est l'aboutissement aussi d'une exploration plus approfondie et plus complète des sources chrétiennes, rendue possible grâce au renouveau biblique, patristique et historique. C'est bien dans la volonté de mieux assumer, dans la prière de l'Eglise, toutes les richesses de la tradition, que Paul VI a réformé le missel romain. C'est aussi pour rejoindre la nouveauté de l'homme et pour permettre à l'Eglise de célébrer sa foi avec un maximum de vérité humaine, mais surtout avec un maximum de vérité évangélique.

Si Paul VI a demandé à tous les membres de l'Eglise d'adopter sa réforme, ce fut, comme saint Pie V; au nom du ministère qu'il assurait au sein de l'Eglise comme successeur de Pierre. Et s'il l'a fait, c'est pour la même raison: l'unité.
Les enjeux ne sont pas ceux que l'on pense
On le pressent: dans les polémiques actuelles il s'agit de tout autre chose que d'une querelle pour ou contre le latin.

Certes, il n'existe pas de langue « sacrée ». Mais comment l'Eglise interdirait-elle le latin? Comment interdirait-elle le grégorien qui, avant de faire partie du patrimoine culturel de l'humanité, fait partie du patrimoine spirituel de l'Eglise?

Tous les dimanches, à la cathédrale et en de nombreuses paroisses du diocèse, la grand-messe continue à être chantée en grégorien, afin de rejoindre tous ceux que la culture et la sensibilité portent à exprimer leur prière dans une langue qui a souvent été identifiée à l'Eglise. Les chants en latin permettent aussi aux fidèles de passage, qui souvent ne parlent pas notre langue, de n'être pas trop dépaysés dans l'assemblée. Cela fait partie de cette très ancienne tradition d'hospitalité eucharistique, qui montre que cette communauté chrétienne, aussi unie soit-elle, n'est jamais aussi unie que lorsqu'elle est capable d'être ouverte à l'universel.

Si l'Eglise permet désormais l'utilisation de la langue courante, c'est en fidélité à l'événement de la Pentecôte. La communauté des disciples de Jésus-Christ est en cohérence avec l'événement qui la fonde lorsqu'elle rejoint tous les hommes, toutes les cultures. Il importe grandement que la parole de Dieu puisse être entendue dans toutes les langues parlées par les hommes. Il importe grandement que l'Eucharistie puisse être célébrée avec un maximum de participation de la part de l'assemblée, dans une grande fête pour Dieu qui soit aussi une grande fête pour l'homme.

Il est faux de prétendre que l'Eglise interdit de célébrer la messe en latin. Elle demande, certes, que désormais on utilise le nouveau missel, mais celui-ci comporte une édition latine. Les prêtres âgés ou infirmes qui sont dans l'impossibilité de s'adapter au nouveau missel peuvent être autorisés par leur évêque à se servir de l'ancien missel. A une condition toutefois, qu'il s'agisse de célébrations privées, c'est-à-dire sans assistance de peuple.
En demandant aux fidèles d'utiliser désormais le Missel de Paul VI il ne s'agit pas de jeter le discrédit sur le Missel de saint Pie V
Il serait monstrueux de prétendre que pendant quatre siècles l'Eglise a célébré sa foi dans l'incohérence. Il serait tout aussi monstrueux de jeter un soupçon sur l'oeuvre de Vatican II, de prétendre que le nouveau missel n'est pas conforme à la foi, ou du moins qu'il est ambigu et favorise l'hérésie. II serait également absurde de prétendre que Paul VI n'a pas le droit de changer les formes de célébration de la messe, sous prétexte que saint Pie V nous les a données à perpétuité.

Comme si le temps de l'Eglise s'était arrêté au XVIe siècle! Comme si le grand fleuve de la tradition s'était épuisé au Concile de Trente! Comme si le Dieu des chrétiens était un Dieu figé! Comme si la foi des chrétiens était vouée à une morne répétition! Comme si l'âge d'or de l'Eglise était dans le passé! Comme si la vivante mémoire de l'Eglise, autant que de son passé, n'était pas chargée d'avenir!...

L'Eucharistie que nous célébrons aujourd'hui est substantiellement la même que celle célébrée par les chrétiens de la Renaissance et ceux des tout premiers siècles de l'Eglise.

Bien loin d'altérer la messe de toujours, la réforme commencée par saint Pie V et continuée par Paul VI est caractérisée par une volonté de ressourcement et de fidélité aux origines qui comporte en elle-même l'adaptation aux besoins des fidèles.

Le Concile de Trente, sans cesse invoqué comme une autorité par les détracteurs de la messe de Paul VI, est très clair à ce sujet. Le saint Concile déclare [...] que l'Eglise a toujours eu le pouvoir, dans l'administration des sacrements, restant sauve leur substance, de statuer et de changer ce qu'elle jugerait selon la variété des temps et des lieux le plus expédient pour l'utilité de ceux qui les reçoivent, ou pour le respect dû aux sacrements. (Session XXI Dz. 931.) Pie XII déclarait dans le même sens, à propos des sacrements: « Tous savent que ce qu'elle a établi, l'Eglise peut aussi le changer et l'abroger. » (AAS, 1948 XL, p. 5.)
Mais alors, pourquoi interdire la messe de saint Pie V?
Avec la masse des catholiques, avec la plupart des évêques, voire le Pape lui-même, nous pourrions être tout disposés à laisser ceux qui le désirent célébrer l'Eucharistie selon l'ancien missel. L'essentiel en est d'ailleurs repris dans la Prière eucharistique n° 1 du nouveau missel.

Le drame est que certains font de l'ancien missel le symbole de leur opposition au Concile, le symbole de leur opposition à l'application qu'en font le Pape et les évêques du monde entier.

Comment ne pas percevoir l'invraisemblable et subtile perversion de la démarche!

Le corps sacrifié de Jésus et son sang versé transformés en moyen de protestation contre l'Eglise: est-ce honnête?

La tradition unanime reconnaît le lien sacramentel entre l'Eucharistie et l'Eglise. « Si l'Eglise fait l'Eucharistie, c'est l'Eucharistie qui fait l'Eglise. »

Utiliser l'Eucharistie, signe de l'unité de l'Eglise, pour mettre en péril cette unité, n'est-ce pas frapper l'Eglise en plein coeur? Depuis des siècles vaut l'adage: « Lex orandi, lex credendi » — la règle de la prière exprime la règle même de la foi.

Le refus de l'autorité d'aujourd'hui au nom de celle d'hier, le désaccord avec l'Eglise d'aujourd'hui au nom d'une tradition à laquelle on ne voue qu'un respect formel: est-ce honnête?

La tradition de l'Eglise en matière d'Eucharistie est attestée dès le IIe siècle par saint lgnace d'Antioche: « Que personne ne fasse rien de ce qui concerne l'Eglise en dehors de l'évêque. Que cette Eucharistie seule soit regardée comme légitime qui est célébrée sous la présidence de l'évêque ou de celui qu'il en a chargé. »

Lorsque des chrétiens se rassemblent pour célébrer l'Eucharistie en Eglise, le lien qui les unit ne réside pas dans leurs options culturelles ou sociopolitiques, mais dans leur foi commune. Dans une authentique communauté eucharistique, il n'y a « ni Juif, ni Grec, ni homme, ni femme, ni esclave, ni homme libre », mais des frères dans le Christ.

L'opposition à la messe de Paul VI risque d'entraîner une rupture de la communion ecclésiale, un émiettement de l'Eglise. Ce danger de rupture nous atteint profondément. A l'heure où les appels de l'Evangile se font si pressants dans le monde pathétique et passionnant qui est le nôtre, comment ne ressentirions-nous pas l'urgence, pour nous, de l'ultime prière de Jésus-Christ: « Que tous soient un, afin que le monde croie! »

A ma connaissance, les prêtres qui, en Moselle, célèbrent publiquement des messes dites « traditionalistes » sont étrangers au diocèse. Ils n'ont ni demandé, ni reçu aucune mission de l'évêque de Metz. Les groupes qui se rassemblent autour d'eux se mettent, de fait, en état de rupture avec l'Eglise, quelles que puissent être leurs intentions.

Il est de mon devoir d'inviter à la communion en Eglise tous ceux dont la bonne foi aurait été abusée, tous ceux qui souffrent devant les changements intervenus dans l'Eglise.

Il est également de mon devoir d'inviter à la même communion en Eglise ceux qui, dans leur zèle d'ouvrir des horizons nouveaux, risquent d'imaginer une Eglise à la mesure de leur impatience. J'attire leur attention sur le fait que le ministère de la célébration eucharistique implique une totale fidélité à l'Eglise. C'est à elle que Jésus-Christ a fait don du sacrement de son Corps et de son Sang.

J'ai pleine confiance en la bonne santé spirituelle des fidèles et des prêtres du diocèse. Je sais que la plupart ont déjà pris la mesure des enjeux. J'espère que les autres vont en prendre une meilleure conscience.

Nous avons tous à nous convertir pour être ensemble une Eglise tournée vers l'avenir, une Eglise qui veille dans l'attente de son Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne.

Paul-Joseph SCHMITT, évêque de Metz.
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Notes

(1) La Croix (11 octobre 1979) a publié à ce propos l'information ci-après :
- Le sous-préfet de Thionville (Moselle) a demandé le 9 octobre au maire de la ville, M. Souffrin (PC), de ne plus mettre un local communal à la disposition des intégristes.
- Deux fois par mois, en effet, « l'Association Saint-Pie-V-Saint-Pie-X », célébrait la messe dans une salle communale, sans l'accord de l'évêque.
- Or cet accord, pour disposer d'un local communal en vue du culte, est requis par le Concordat qui régit l'ancienne Alsace-Lorraine, par la loi du 18 germinal, an X, et par le décret du 22 décembre 1812. Mgr Schmitt, évêque de Metz, a basé la requête adressée aux autorités préfectorales sur ces divers textes.
- Le président de « l'Association Saint-Pie-V-Saint-Pie-X » a déclaré: « C'est un scandale, une preuve d'intolérance. »
(2) Dom Paul NAU, le Mystère du Corps et du Sang du Christ, Solesmes 1976, p. 173-174.