21 janvier 2018

[FSSPX Actualités] Le Jour du Seigneur fête son 70e anniversaire en 2018

SOURCE - FSSPX Actualités - 20 janvier 2018

Lancée pour la fête de Noël en 1948, l’émission de télévision Le Jour du Seigneur, diffusée sur France Télévisions, fête cette année son 70e anniversaire. C’est le père Raymond Pichard (1913-1992), dominicain, qui est à l’origine d'un projet alors novateur puisqu’à l’époque la France ne comptait que 300 téléviseurs.

Produit dès ses débuts par le Comité français de radio-télévision (CFRT), une association de loi de 1901, Le Jour du Seigneur est aujourd’hui la plus ancienne émission télévisée d’Europe toujours diffusée. Le P. Philippe Jaillot, producteur actuel de l’émission, raconte la genèse du programme dans Le Figaro du 7 janvier 2018 : « Le P. Pichard travaillait pour la messe radiodiffusée. Visitant un studio télé rue Cognacq-Jay, il a eu l’intuition que cette diffusion alors confidentielle serait une chaire extraordinaire pour faire entendre la parole de Dieu. » Il se dit même que c’est lui qui convainquit Pie XII de la puissance apostolique de l’image cinématographique.

La Messe de minuit du 24 décembre 1948 sera donc la première du genre et une première mondiale. Elle sera suivie en 1949 par la création de L’Émission dominicale, devenue Le Jour du Seigneur en 1954. Pour l’anecdote, c’est François Mitterrand, futur président socialiste de la France, et alors jeune secrétaire d’Etat à l’information, qui donna l'autorisation de la diffusion chaque dimanche.

Depuis ses débuts, le concept est simple et n’a pas bougé : 1h30 d’émission composée d’une messe et de plusieurs reportages, tous les dimanches de 10h30 à 12h. C’est-à-dire un temps d’antenne suffisamment important pour diffuser un message et des idées... nouvelles ! Le site internet lejourduseigneur.com, qui retrace l’histoire de l’émission, ne s’en cache pas : « Avec le concile Vatican II, dans les années 60, l’émission entame une nouvelle période. Ses liturgies évoluent. Une équipe-film se forme avec la volonté de mettre en images les idées du Concile, en étant au plus près des croyants et des réalités humaines ». Au total, de 1965 à 1986, 155 films sont réalisés.

Puis viennent les années 90, « le développement de programmes avec les protestants, la création d’une matinée avec les producteurs des autres confessions ». Quant au XXIe siècle, il « s’ouvre avec une nouvelle quête de spiritualité et l’émission tente d’y répondre par ses programmes qui mêlent témoignages et enseignements ». On peut craindre le pire... ou espérer le meilleur avec, par exemple, la diffusion de la messe traditionnelle en direct depuis Saint-Nicolas-du-Chardonnet!

[Peregrinus] La liturgie en Révolution (5) : Jansénisme, Révolution et liturgie en langue vulgaire

SOURCE - Peregrinus - 20 janvier 2018

Tout d’abord Eglise établie, soutenue par les autorités civiles, l’Eglise constitutionnelle sort profondément ébranlée de la persécution terroriste qui frappe son clergé à partir de l’automne 1793. En 1795, lorsque s’amorce la reprise du culte, la Constitution civile du clergé a été abrogée par la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Environ vingt mille prêtres, soit plus de la moitié du clergé assermenté, ont abdiqué leurs fonctions sacerdotales ; quatre à six mille se sont mariés. Parmi ceux qui n’ont pas abandonné l’état ecclésiastique, nombreux sont ceux qui rétractent leurs serments et demandent leur réconciliation au clergé réfractaire.

Un immense effort de réorganisation s’impose donc au clergé schismatique. Il est porté tout d’abord par un net infléchissement doctrinal et spirituel. Malgré ses réminiscences richéristes, la Constitution civile du clergé répondait avant tout aux aspirations de légistes imprégnés de philosophisme (1). L’expérience de la persécution et la séparation de l’Eglise et de l’Etat donnent cependant une vigueur nouvelle, au sein du clergé constitutionnel, aux courants jansénisants, gallicans et rigoristes qui espèrent un retour providentiel à la primitive Eglise. Défections et apostasies favorisent une telle lecture des événements. En effet, elles ont séparé du clergé constitutionnel la plupart de ses éléments mondains ou scandaleux. Les prêtres qui ont tenu bon sont ainsi enclins à se considérer comme le petit reste, éprouvé comme les confesseurs de la foi du temps de Dèce ou de Dioclétien : significativement, les ecclésiastiques qui ont remis aux autorités leurs lettres de prêtrise sont dénoncés comme « traditeurs ». 

C’est à la lumière de ce nouvel état d’esprit primitiviste, mais très hostile à la philosophie, que doivent se comprendre les expériences liturgiques menées de 1795 à la liquidation de l’Eglise constitutionnelle en 1801. La liturgie en langue vulgaire est alors, avec la réconciliation des traditeurs, les relations entre évêques et prêtres et les rapports avec Rome et le clergé fidèle, l’une des principales questions qui divisent l’ancien clergé assermenté. 
En effet, malgré l’effondrement de ses effectifs et l’impulsion nouvelle que tentent de lui donner les « Evêques réunis », l’Eglise constitutionnelle (2) demeure parcourue de profondes divisions théologiques et pastorales. Lorsque Henri Reymond, évêque intrus de l’Isère, propose, pour favoriser la réunion aux protestants, la messe en français, la suppression des messes basses et des autels latéraux (3), ses propositions doivent bien plus à son richérisme syndical ouvert à l’influence des Lumières qu’à un jansénisme auquel il est foncièrement étranger. La plupart des tentatives d’introduire l’usage de la langue vulgaire dans la liturgie n’en émanent pas moins de la frange jansénisante du clergé constitutionnel. 

En effet, dans les dernières décennies de l’Ancien Régime, les prêtres favorables à la liturgie en vernaculaire se recrutent surtout parmi les jansénistes (4). On en trouve un exemple à la veille de la Révolution sous la plume d’Edme Moreau, chanoine de la cathédrale d’Auxerre. « Les Laïcs dans les premiers siecles de l’Eglise, explique le chanoine Moreau, n’étoient pas moins zélés que les Prêtres, ni moins assidus à la priere à toutes les heures. […] St. Chrysostome rétablit à Constantinople l’office de la nuit. Il invite les fideles à s’y rendre, & leurs femmes à prier dans leur maison. » Cette prière continuelle de l’Eglise entière lui obtenait de Dieu toutes les grâces dont il la comblait. Cependant, ajoute le chanoine, « cette dévotion a cessé, lorsque la langue latine ne fut plus entendue par le peuple (5). »

A la disparition du latin comme langue vulgaire, l’abbé Moreau associe donc la fin de l’unanimité surnaturelle de la prière de l’ensemble du peuple chrétien. Cependant, il faut noter que le chanoine, qui ne dissimule pas plus ses revendications richéristes que ses convictions jansénistes, se garde alors de demander la traduction des offices. Comme l’a justement noté dom Guéranger (6), Jacques Jubé, curé d’Asnières, qui a peut-être porté le plus loin les expérimentations liturgiques d’une partie du milieu janséniste au XVIIIe siècle, n’est jamais allé jusqu’à passer à la langue vulgaire dans la liturgie. On trouve la même réserve hors de France, chez les jansénistes toscans, dont le synode, réuni en 1786 par l’évêque de Pistoie Scipione de Ricci, a un grand retentissement bien au-delà de l’Italie. Le synode plaide tout d’abord sans équivoque en faveur de la liturgie en langue vulgaire :
La Liturgie est une action commune au Prêtre & au peuple. Convaincu de ces principes, le S. Synode desireroit la suppression de ce qui a contribué a en faire oublier une partie, en rappellant la Liturgie à une plus grande simplicité dans ses Ceremonies ; en l’exprimant en langue vulgaire, & en la prononçant d’une voix élevée.
Les pères synodaux s’empressent cependant d’ajouter : 
Mais comme les circonstances ne lui permettent pas de satisfaire ses desirs sur ces Articles, il se borne à renouveller la loi du Concile de Trente, qui ordonne aux Pasteurs d’expliquer quelque partie de la Liturgie, dans toutes les Instructions qu’ils font pendant la Messe les jours de Fête ; & il les exhorte à distribuer aux fideles des Livres, où l’Ordinaire de la Messe se trouve traduit en langue vulgaire (7).
On le voit, il s’agit alors d’aspirations qui ne sont pas jugées réalisables : même pour des jansénistes qui font de la primitive Eglise un modèle opératoire, la liturgie en langue vulgaire relève du passé idéalisé des « beaux jours de l’Eglise » et non des réformes qu’il est possible d’entreprendre. 
La Révolution constitue à cet égard une rupture incontestable. Ce qui n’était qu’un vœu sans véritable conséquence devient un programme d’action pour des ecclésiastiques convaincus de revivre les premiers temps du christianisme, libérés de la tutelle de Rome et des anciens évêques comme de celle de l’Etat. La Révolution, et plus particulièrement la réorganisation de 1795, est ainsi l’occasion d’un passage à l’acte pour certains jansénistes constitutionnels. 

Il faut se garder, dans l’examen des rapports entre jansénisme et expériences liturgiques, de toute simplification excessive : comme on l’a vu, le janséniste anticonstitutionnel Maultrot était hostile à la liturgie en langue vulgaire, et parmi les constitutionnels jansénistes, les adversaires des traductions n’ont pas manqué. Il n’en reste pas moins que les expériences vernaculaires de 1795-1801, bien plus que celles d’avant la Terreur, doivent beaucoup à un petit groupe très actif d’ecclésiastiques jansénisants et rigoristes, tels les abbés Clément et Brugière, dont on reparlera.

(A suivre)

Peregrinus 
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(1) Edmond Préclin, Les Jansénistes du XVIIIe siècle et la Constitution civile du Clergé. Le développement du richérisme. Sa propagation dans le Bas Clergé (1713-1791), Librairie Universitaire J. Gamber, Paris, 1928, p. 472-473. 
(2) Faute d’expression plus adéquate, on continuera ici à appeler malgré l’abrogation de la Constitution civile l’Eglise schismatique Eglise constitutionnelle. Les Réunis ont certes parlé d’ « Eglise gallicane », mais une telle appellation n’est pas satisfaisante : l’Eglise gallicane ne signifie rien d’autre que l’Eglise de France, à laquelle les prêtres fidèles appartenaient bien plus que les schismatiques et les intrus. 
(3) Jean Godel, La reconstruction concordataire dans le diocèse de Grenoble après la Révolution (1802-1809), chez l’auteur, Grenoble, 1968, p. 33-34.
(4) Cf. Ferdinand Brunot, « Le culte catholique en français sous la Révolution », Annales historiques de la Révolution française, t. II, 1925, p. 209.
(5) Edme Moreau, Fonctions et droits du clergé des églises cathédrales, s. n., Amsterdam, 1784, p. 18-19. 
(6) Prosper Guéranger, Les Institutions liturgiques, t. II, Fleuriot, Le Mans, 1841, p. 251.
(7) Actes et décrets du concile diocésain de Pistoie de l’an MDCCLXXXVI, traduits de l’italien, Bracali, Pistoie, 1788, p. 351.

20 janvier 2018

[Riposte Catholique] L’Abbaye cistercienne Mariawald va fermer

SOURCE - Riposte Catholique - 20 janvier 2018

Nous avons évoqué à plusieurs reprises l’abbaye cistercienne de Mariawald. L’abbaye avait obtenu de Rome en 2009 de reprendre la forme traditionnelle de la liturgie trappiste. Si cette forme liturgique lui a valu un regain de vocations, il apparaît qu’elle avait entraîné un certain nombre de dissensions au sein de la communauté, notamment avec les moines les plus âgés. Une visite canonique avait été diligentée pour aider les moines à retrouver leur sérénité… et le Père Abbé de l’Abbaye avait remis sa démission fin 2016. Toutefois, les premiers fruits avaient permis des ordinations il y a 2 ans.

Dans un article en langue anglaise sur le site GloriaTV, on y apprend la fermeture de l’abbaye :
L’ancienne abbaye trappiste de Mariawald, en Allemagne, va être fermée. Le Saint-Siège, l’ordre trappiste et le diocèse d’Aix-la-Chapelle sur le territoire duquel est l’abbaye, l’ont annoncé à Mariawald. 
Le monastère est occupé par les trappistes depuis 1909. Tous les employés (laïcs) vont perdre leur emploi. Les moines seront transférés dans d’autres monastères. 
Dans le courant de l’année, le monastère et tous ses biens seront remis au diocèse d’Aix-la-Chapelle. Le monastère et l’église de Mariawald resteront probablement fermés pour toujours. 
Dans une lettre datée du 21 novembre 2008, le Pape Benoît XVI avait donné au Monastère le privilège de revenir aux anciens usages de l’Ordre trappiste dans la liturgie et la vie monastique. C’est surtout un retour au vénérable Vieux Rite. Le pape a vu dans ce projet un “renouvellement de l’église dans l’esprit de la tradition”. Maintenant, cette tentative de renouveau est terminée avant qu’elle puisse porter tous ses fruits.
Comme pour les Franciscains de l’Immaculée avec des appuis romains, il apparaît qu’une poignée de prêtres âgés était prêt à sacrifier le monastère et 110 ans de vie religieuse en ces lieux plutôt que de permettre un renouveau. Le dogmatisme aveuglant est loin d’avoir disparu… et certains ont toujours comme devise “Tout sauf la Tradition !”. Ils ne veulent pas la paix liturgique !
  
Louons l’intelligence ‘pratique’ de certains évêques en France (peu nombreux malheureusement) qui ont permis par exemple la reprise de l’Abbaye Sainte-Marie de Lagrasse par les Chanoines Réguliers de la Mère de Dieu en 2004 ou encore l’abbaye Saint-Paul de Wisques par les moines de Fontgombault en 2013 (grâce à la médiation éclairée de Dom Dupont, abbé de Solesmes).

19 janvier 2018

[Disputationes Theologicae] La bataille pour la “troisième voie” continue - Des exemples récents qui témoignent de cette nécessité

SOURCE - Disputationes Theologicae - 21 décembre 2017

Le 6 décembre 2013 nous écrivions l’article suivant “Les raisons d’une bataille: la parole aux exemples”, signé par les Résistants de l’IBP qui donneront naissance à la Communauté Saint Grégoire le Grand. On y proposait une vue panoramique de la situation en montrant les fruits de certains choix que nous ne partagions pas, raison pour laquelle nous avons choisi de résister en société. Quatre ans après, nous recevons de nos lecteurs de la documentation témoignant de l’évolution de la situation sur le même chemin que nous avions décrit à l’époque. Cette situation a même empiré plus que prévu et oblige tout le monde à une réflexion sérieuse. Cette fois encore, nous laissons la parole aux exemples récents.
Un important membre de la Fraternité Saint Pierre assiste à un rite œcuménique
Une des plus importantes présence de la Fraternité Saint Pierre en France est celle de Bordeaux, dans l’église de Saint Bruno, où le 11 novembre dernier Son Eminence Révérendissime le Cardinal Ricard a voulu prier pour la paix de manière œcuménique. La “journée pour la paix” s’est déroulée dans cette même église le jour de la commémoration de la victoire française lors de la Première Guerre Mondiale. Etaient présents l’Archevêque de Bordeaux, certains prêtres diocésains et la pasteure de l’ “église” Protestante Unie de Bordeaux, Madame Valérie Mali, qui a pris la parole et guidé une prière. A cette cérémonie œcuménique pour la paix était également présent officiellement - dans le chœur et en surplis - le prêtre qui dirige l’apostolat de la Fraternité Saint Pierre à Bordeaux, l’Abbé de Giacomoni. Nous précisons que Madame Valérie Mali ne s’est pas distinguée seulement pour ses mérites dans la poursuite de l’ “unité luthérienne”, mais elle se glorifie d’avoir été la première à avoir “béni” - façon de dire - des “noces” homosexuelles à Bordeaux. La rencontre prenait donc accidentellement, en plus de son caractère œcuménique déclaré, une légère coloration LGBT.

Lorsque nous avons été informés de cet événement nous avons voulu penser que peut-être le prêtre de la FSSP n’était pas au courant et s’était retrouvé dans une situation inattendue. En ce cas, on aurait pu invoquer la faiblesse ou l’incapacité de réaction face à une situation imprévue, cependant la gravité du fait demeure car dès qu’on se rend compte d’une telle situation on a le devoir de se dissocier publiquement du scandale pour la foi. C’est pour cela aussi que dans un premier temps nous avions préféré ne pas commenter cet événement. Entre temps, les prêtres de la FSSP de Bordeaux ont déclaré autre chose : il ne s’agit pas d’une initiative autonome de l’Abbé de Giacomoni, mais d’un choix véritable, assumé de manière responsable par la FSSP car il y a deux ans déjà, disent-ils, les Supérieurs avaient choisi d’agir de la même façon que cette fois-ci. La justification doctrinale a été que - malgré la présence officielle dans le chœur de la pasteure luthérienne - il s’agissait d’une “Messe catholique”. La justification pastorale a été que leur présence aidait à “maintenir de bons rapports avec le Cardinal”. Nous ne croyons pas qu’il y ait beaucoup de choses à ajouter, sinon de répéter avec insistance ce que nous avons écrit dans notre article de 2013: La FSSP veut-elle faire la bataille doctrinale ?

Lorsqu’à l’IBP certains montrèrent avec franchise ecclésiale leurs réserves concernant le document Pozzo (Le “rite propre” et l’ “herméneutique de continuité” sont-ils suffisants?), document accepté d’abord seulement par les sommets de l’Institut, puis par tous, un prêtre de la FSSP (maintenant employé à la Curie Romaine) nous disait que sa Société recevait régulièrement des lettres de ce genre de la Commission Ecclesia Dei et que le choix général avait toujours été celui, même s’ils n’en partageaient pas le contenu, de ne faire aucune remontrance publique. Quels ont-été les résultats d’une telle politique?

Et - puisqu’il est juste de regarder les deux côtés de la médaille - était-il vraiment nécessaire que le Cardinal Ricard, membre influent de la Commission Ecclesia Dei, qui connait bien le monde Vetus Ordo, choisisse parmi les nombreuses églises de la ville, précisément celle de Saint Bruno où est célébrée la Messe traditionnelle ?

Nous savons bien que plusieurs prêtres de la Fraternité Saint Pierre ne partagent pas du tout ce qui s’est passé à Bordeaux, mais ne serait-il pas opportun d’aller ailleurs ou du moins de commencer à prendre publiquement position contre cette acceptation de facto de rites œcuméniques de la part de leur propre Fraternité?

Si tels sont les fruits de l’acceptation passive de la mise sous Commissaire de l’année 2000 et plus généralement du choix de ne pas s’opposer, même pas pour ce qui est inacceptable pour un catholique comme un rite œcuménique, le moment ne serait-il pas venu de réfléchir sérieusement à changer d’approche dans la bataille à mener pour l’Eglise? 
La Fraternité Saint Pie X, entre l’esprit bergoglien et l’esprit schismatique
Nous rapportons un épisode survenu il y a quelques mois dans un prieuré de la FSSPX. Dans le Centre de la France, un jeune se convertit, quittant la fausse religion dans laquelle il est né et fait le choix de la Tradition. N’étant pas baptisé et désirant se marier, il s’adresse aux prêtres de cette Fraternité qui lui demandent une année de préparation. Le catéchumène est jugé apte à recevoir le Baptême, mais on découvre que pendant la préparation il a assisté à une Messe (traditionnelle) célébrée par des prêtres de l’Institut du Christ-Roi. A ce moment, les prêtres de la FSSPX, après l’avoir durement repris et après avoir reporté le Baptême, demandent devant un témoin qu’avant toute chose le catéchumène s’engage moralement sur l’honneur sur trois points : 1) reconnaitre que la “Nouvelle Messe est dangereuse pour la Foi”; 2) ne jamais aller à des Messes traditionnelles célébrées en vertu du Motu proprio; 3) aller exclusivement aux Messes des prêtres de la Fraternité Saint Pie X ou en communion déclarée avec elle. S’il refuse, il ne sera pas admis au Baptême ni au Mariage qui est en vue. Les choses se passent ainsi car le jeune homme refuse de souscrire.

Nous précisons qu’il est compréhensible qu’un prêtre prenne les mesures nécessaires pour vérifier  la véracité de la conversion et que la demande des sacrements soit pleinement consciente et volontaire. Il est aussi compréhensible d’inviter les fidèles à réfléchir pour qu’ils sachent discerner l’opportunité d’assister à certaines cérémonies, même si elles sont célébrées dans le rite traditionnel. Mais demander un acte d’adhésion exclusive à la FSSPX et un rejet formel - non seulement dans certaines circonstances spécifiques mais un rejet de principe - des sacrements célébrés en dehors de ladite Fraternité cela ne parait pas admissible. En effet, nous ne voyons pas en quoi cela se distinguerait du rejet - systématique et pas seulement en raison des circonstances - de la communicatio in sacris avec d’autres membres de l’Eglise catholique, qui est une des conditions pour que l’on puisse parler de schisme. Peu importe qu’ils célèbrent le rite traditionnel et prêchent la doctrine catholique, il faut l’adhésion exclusive à la Fraternité. 

Malheureusement, cette position n’est pas une prérogative de jeunes prêtres inexpérimentés du Centre de la France, qui ont certainement exagéré aussi sur les modalités pratiques, mais elle est la suite logique de la doctrine enseignée officiellement à Ecône, soutenue en public par les Supérieurs et défendue aussi - quoique par intermittence, comme toujours - par Mgr Fellay, doctrine jamais rétractée publiquement (cf notre article de 2011: Des positions contradictoires et ambigües dans la Fraternité saint Pie X). 

Est-ce seulement la faute de jeunes prêtres inexpérimentés ou est-ce aussi la faute de celui qui - en cultivant l’ambiguïté - laisse dispenser au Séminaire un enseignement officiel d’une toute autre teneur que les déclarations au Vatican? En effet, à notre connaissance les professeurs en question n’ont pas été sanctionnés ou mutés par ces mesures violentes que la Fraternité sait prendre lorsqu’on ne suit pas la ligne du chef.

Mais l’ambiguïté encore plus hilarante consiste dans le fait que si le jeune catéchumène avait accepté de souscrire à la rupture de la communicatio in sacris avec quiconque est hors de la FSPPX, il aurait pu se marier validement dans certains Prieurés de cette Fraternité! En effet, suite aux tractations en cours avec le Vatican, elle a déjà obtenu la possibilité de marier validement grâce à la juridiction donnée par le Pape Bergoglio (privilège officiel jamais concédé à la Fraternité Saint Pierre, même pas après les rencontres avec les Luthériens...). Parallèlement à cela le Supérieur Général n’a pas encore précisé s’il est admissible que les fidèles doivent - pour pouvoir se marier avec la juridiction vaticane - déclarer leur rupture in sacris avec ceux qui sont hors de la FSSPX. Nous n’avons pas eu connaissance non plus d’une clarification du Vatican à ce sujet.

Est-ce cohérent tout cela? Est-ce cela la suprême recherche du bien des âmes même en s’opposant si nécessaire à la “Rome apostate et moderniste” (comme ils disent) ou bien est-ce rentrer pleinement dans la logique politicarde de la nouvelle pax bergogliana?
Le Supérieur de l’IBP: “Pleine communion, pleine communion avec Rome!”
Le Supérieur de l’Institut du Bon Pasteur nous a habitués à des positions contradictoires. Beaucoup se souviennent qu’il y a quelques années, déjà en tant que Supérieur d’un Institut de droit pontifical, il dirigeait la chorale - en surplis - lors d’un Mariage célébré par un prêtre sédévacantiste (mariage dont la validité est pour le moins douteuse). Il y a quelques mois cette même personne, en chaire de Saint Eloi à Bordeaux pour les 10 ans de l’Institut du Bon Pasteur, a expliqué aux fidèles sa position ecclésiale: pleine communion avec François, car grâce à lui la Tradition et le rite traditionnel sont reconnus (“ils ont pignon sur rue” dans la version originale). Les preuves en seraient que son Institut est reconnu par le Vatican et que François - en continuité avec Benoît XVI (sic) - ne parlerait plus continuellement de Vatican II comme le faisaient ses prédécesseurs. 

Mis à part la myopie (voulue?) de ne pas admettre que Vatican II est certes en partie dépassé mais cela en vue de préparer Vatican III, mis à part le fait que sa propre reconnaissance canonique apparait plus importante que la crise dans l’Eglise, un aspect de ce que nous appelons le “complexe du rallié” se manifeste de manière évidente : montrer le chemin parcouru vers “la pleine communion”. Nous laissons de côté pour des motifs de place ce que disait autrefois l’Abbé Laguérie - en partie même justement - non seulement sur les “ralliés” mais aussi sur le concept même de “pleine communion”. Il nous semble que nous sommes face à l’attitude typique de celui qui a été mis sous Commissaire et qui l’est peut-être encore. Nous ajoutons que - pour en rester aux faits - nous n’avons pas connaissance d’une quelconque prise de position publique sur les nouvelles règles en faveur des annulations de mariage (que certains ont même renommé “divorce catholique”), rien non plus sur le document bergoglien “Amoris Laetitia” et sur ses conséquences déjà désastreuses; rien non plus sur des thèmes contre lesquels autrefois on entendait des expressions véhémentes comme l’immigration sauvage et l’invasion islamique ou sur le Luthéranisme ouvert de certains pans de l’Eglise. Le silence règne dans les homélies et dans les publications. Tout va bien parce que ... la tradition et l’IBP ont une reconnaissance canonique. Ils peuvent, pour reprendre ses mots, avoir “pignon sur rue”.

Cela doit être un effet de la pleine communion avec François tant recherchée si le nouveau bulletin du Séminaire de Courtalain a pris un nom qui donne tout un programme et qui répond à un concept très cher à l’Abbé de Tanoüarn, désormais apparemment  le seul dans son Institut à se prononcer sur des thèmes brulants. Le fameux prêtre parisien disait en effet qu’il était temps que le Bon Pasteur reprenne, au sujet du dernier Concile, ce concept clé de Jean-Paul II: Vatican II est une “boussole”. On évoquait autrefois au Séminaire la “critique constructive” de Vatican II, aujourd’hui, après la mise sous Commissaire et la nomination d’un nouveau Recteur, son bulletin officiel s’appelle justement “La Boussole”. Au final, cela reflète idéalement l’évolution en acte: en effet, pris en soi il s’agit d’un nom comme un autre, mais pour l’oeil de celui qui surveille il est suffisamment évocateur. Inutile de chercher d’ailleurs dans “La Boussole” la moindre “indication pour le navigateur” qui ressemblerait même de loin à la critique constructive de Vatican II autrefois tant affichée.

Il ne s’agit pas seulement d’une question de “boussoles”, mais de ligne générale quand l’Abbé Laguérie dit en privée et dans des articles: “il y a un moment pour parler et un moment pour se taire”. On déduit clairement de l’ensemble de ce discours que le choix de ne pas s’exprimer, en plus d’être pleinement volontaire (et utile au maintien de certains acquis, mais de cela on n’en parle pas) dériverait de la constatation que simplement ce n’est pas le moment de parler. Mais alors quand faudrait-il parler sur la crise dans l’Eglise, sinon aujourd’hui alors que la maison brûle même sur la question de la famille qui jusqu’à présent n’avait pas été ouvertement attaquée? Nous l’avions dit à l’époque et nous le répétons aujourd’hui encore, accepter un Supérieur imposé et non élu par sa Société, accepter un état plus ou moins permanent de mise sous Commissaire est la voie suivie par tous les Instituts (que l’on pense aussi aux Franciscains de l’Immaculée) qui ensuite se sont rendus sur tout et ont déposé toute critique sur le nouveau courant ecclésial. Les Statuts de 2006 pourraient même se maintenir (sur le papier), mais s’ils demeurent seulement parce que - comme le dit un prêtre de l’IBP de Bordeaux - la Communauté Saint Grégoire le Grand résiste et que  Disputationes Theologicae parlerait du dernier acte d’une longue trahison et s’ils ne demeurent pas par conviction profonde et en vue d’une action conséquente, à quoi serviraient-ils? Ne serait-il  pas mieux alors de fusionner avec la Fraternité Saint Pierre, plus sérieuse et solide dans l’organisation, à la limite en s’accordant pour éviter quelques récents excès œcuméniques, mais en partageant ensemble le rite tridentin et la ligne du silence?

En conclusion pour nos lecteurs et surtout pour ceux qui nous ont demandé de commenter ces événements, nous pensons que quatre ans après l’article cité en ouverture et auquel nous vous renvoyons, ce que nous avons appelé la “troisième voie” (La nécessité théologique et ecclésiale d’une «troisième voie»: ni spirale “schismatique” ni conformisme “rallié” (I) - (II)) apparait plus que jamais nécessaire. Les résultats de la première (le servilisme “rallié”) et de la deuxième (la spirale “schismatique”), ou encore pire de l’amalgame schizophrène des deux sont sous les yeux de tout le monde. Ex fructibus eorum cognoscetis eos. C’est pour cela que nous avons voulu relater des exemples concrets et récents, résultats naturels des choix faits en amont. Les menaces - plus ou moins canoniquement présentables - que nous recevons pour ce genre de publications, ne nous ont pas fait peur dans le passé et ne le feront pas maintenant; nous répondons à ces menaces que la bataille se conduit sur un terrain qui n’est pas celui des intimidations. Et c’est aussi pour cela que, malgré les indéniables difficultés et les inévitables limites des “vases d’argile”, le message principal que nous voudrions transmettre consiste principalement à chercher de témoigner qu’une résistance ecclésiale au nouveau courant est possible. Il suffit de le vouloir, avec la grâce de Dieu et vos prières pour notre résistance.

Don Stefano Carusi
Abbé Louis-Numa Julien
Abbé Jean-Pierre Gaillard
Kl. Lukasz Zaruski

[Wigratzbad (FSSP)] (Archives) La toute première ordination dans la FSSP

SOURCE - Wigratzbad (FSSP) - 18 janvier 2018

Alors que la Fraternité Saint-Pierre en est à sa trentième année d'existence, nous n'oublions pas de rendre grâce au Seigneur pour toutes les ordinations sacerdotales célébrées depuis 1988. Voici pour mémoire quelques images de la toute première ordination, qui fut conférée à Rome le 10 décembre 1988, en l'église Santa Maria dell'Anima. L'abbé Walthard Zimmer, Autrichien, devenait prêtre par les mains du Cardinal Augustin Mayer, premier président de la Commission pontificale Ecclesia Dei.